Zombie (f)estival

Il est encore temps de partir en vacances !

Pensez-y. Détente, farniente et jeux de société. Ou varappe, tempête de neige et jeux de société, si vous préférez.

Si Dungeon mountain semble une option idéale pour combler quelques élans d’ennui sur la banquette arrière, il reste toutefois pas mal de moments de flottement en congés qu’on tent à omettre. Pensez-vous à cet instant critique ou tout bascule ? Celui d’après le dessert, sous le cagnard, lorsque tout le monde s’effondre pour la salvatrice sieste digestive ? Tous sauf vous, trop avide de sensations ludiques!

Pourquoi pas opter pour un petit jeu solo en une page ? Robobellum Commando, par exemple, ou Escape of the dead. Ha oui, à l’heure où la chaleur et le petit rosé d’apéro vous translate doucement vers une apathie joyeuse, rien de mieux que d’affronter la Horde, n’est ce pas ?  En vérité, le thème est facile, assez accessoire. Zombie in my pocket avait évité l’écueil d’une ambiance placardée; Robobellum assume le placardage et Escape of the dead tente tant bien que mal d’interconnecter choix cosmétiques et mécaniques de jeu. Petit tour d’horizon.

Robobellum  Commando est le dérivé solo de Robobellum 3013 , créé par les sketcheurs cosmiques, gratuit, en noir et blanc, en français, ne nécessitant qu’une feuille et quelques dés. Fort joli, d’une simplicité enfantine, infiniment aisé à transporter, abimer, réimprimer sur le vif, le jeu ne requiert que 5D6, quelques jetons aisés à évincer et d’un poignet valide. Car tout réside dans le lancé de dé. L’auteur l’avoue sans fard, le jeu n’est qu’une refonte rigolote et épurée du fameux Yahtzee.

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version toute froissée pour usages fréquents en déplacements.

Suite à un lancé initial des cinq dés puis à deux relances partielles ou totales non imposées, le joueur constate les dégâts. Un triple détruit le zombie qui lui est affilié (les zombies sont numérotés), le mythique quintuple détruit deux zombies de votre choix. Trois lancés et toujours pas de triples ? C’est une munition de gâchée. Plus de balles en réserve et c’est la mort. La difficulté du jeu est ainsi modulable en fonction des cartouches que vous allouez en début de partie à votre inventaire. Toutefois, pas de mensonges: votre seul talent à Robobellum Commando sera celui d’être aimé des dieux et d’avoir le popotin bordé de lasagnes. Pas de réflexion dans ces lancers qu’on enchaine comme des boulimiques jusqu’à perdre deux ou trois parties dans l’allégresse et l’oubli de soi. On remise alors le jeu au fond d’une poche, d’un sac, d’un cahier, le bout des doigts rassasiés pour un pan de la journée.

Robobellum est un jeu sans profondeur mais qui ne prétend aucunement en avoir besoin. C’est un jeu qui nous rappelle que nous ne sommes pas maîtres de nos destins, toute victoire se transformant alors en éruption, en rébellion envers la fatalité des dés.

Idéal pour combler dix petits minutes sans temps de cerveau disponible, pour initier des enfants aux lancers de dés ou pour se faire un fix rapide pendant une activité qui n’a rien à voir, Robobellum est fort fun, accessible à tous, potentiellement un beau moment d’initiation familiale malgré son statut de jeu solo et un petit shoot de jds bienvenu quand le reste n’est pas à portée de main. Robobellum se sort divinement bien quand les mains démangent mais que le cerveau n’est pas encore remis de sa dure journée.

Bien entendu, le style de l’auteur ne gâche rien et on se plait à rêver de dérivés. le concept de jeu peut s’accommoder de toute ambiance. On peut ainsi imaginer moult variations. Un inspecteur et six protubérances cthuliennes, un mage et 6 gobelins… On en veut plus !

Protip: imprimer le jeu sur une demi page puis coller les règles derrière (au même format) n’impacte aucunement le plaisir de jeu et le rend même bien plus transportable et facile à protéger.


À l’inverse du rutilant Robobellum Commando (2018), Escape of the dead accuse un peu son age (2010, le moyen-age, quoi). Graphiquement dans un premier temps, le jeu n’étant pas la production la plus visuellement peaufinée du duo Sondoh. Un petit coté pixelisé, des traits un peu grossiers, un peu comme si nous étions obligé d’imprimer une version basse définition. Et puis l’équilibre du jeu est très précaire. Extrêmement facile au début puis extrêmement difficile en l’espace de deux ou trois actions, ce qui aurait dû être une préparation méthodique se transforme très vite en course effrénée perdue d’avance.

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Une VF au design vraiment malin.

Seule l’impression d’une unique feuille est nécessaire à l’obtention d’EotD. Il vous faudra en sus 4d6, 6 marqueurs zombies et 3 pions. À noter que la version française du jeu est infiniment plus ergonomique que celle d’origine.
Niveau règles, c’est très simple: 4 dés à assigner à trois taches. Dézinguer du zombie, réparer une barrière protectrice ou remettre en état de marche une vieille caisse à l’abandon pour s’enfuir. Une fois les dés répartis, on les lance dans l’espoir d’obtenir des résultats précis (3+ pour la barrière ou les morts-vivants, 5+ pour la caisse) qui permettront de déplacer quelques curseurs cruciaux. On rajoute enfin à nouveau quelques zombies sur le plateau et on recommence.

La barrière fait office de barre de vie et éponge les dégâts des zombies. Celle-ci disparait et c’est le game over. La voiture est une barre de progression. À 100% de réparation, le joueur est capable de prendre le volant et de s’enfuir de cet enfer, gagnant par là même la partie. Mais plus la réparation avance et plus l’apparition des zombies s’accélère.

Malgré des idées d’assignation plaisantes et un jeu qui semble tenir un concept fluide, barricade est un tantinet décevant. Ce que le jeu perd en simplicité comparé à Robobellum, il le gagne en répétitivité. Robobellum est tellement simple qu’il en devient extraordinairement efficace pour qui n’y investit pas trop d’intellect. Escape of the dead, divisé en phases, transforme cette fluidité du lancé de dés en itérations rapidement rébarbatives.

Extérieurement, tout colle. L’impression est vite niée à l’usage. On sent l’envie de maintenir les joueurs dans une certaine pression constante mais celle-ci, impossible à pondérer correctement, ne signe que l’inéluctabilité de la défaite ou la pénibilité de la victoire.

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On fait monter la sauce le temps d’obtenir un bonus bien nécessaire.

Peut-être ne suis-je pas encore un joueur d’EotD suffisamment aguerri, peut-être le jeu peine-t-il à trouver son rythme. La difficulté de la réparation de la voiture donne au joueur l’impression de stagner tandis que la multiplication de zombie obligera à tenter de vaines améliorations de la barrière, un dé après l’autre, en temporisant le maximum sans vraiment avancer jusqu’à ce que la masse de zombie qui s’accumule ne déferle enfin sans autre forme de procès. Le décisionnel est faussement impactant et l’enchaînement ultra-rapide des mêmes phases aux variations minimes assez  fastidieux. Une martingale permettant de gagner 80% des fois a même été découverte.

Escape of the dead existe en format voyage et, preuve d’un certain engouement, a même été efficacement traduit en français. Ici, on lui préférera Oh my lair! tout en lorgnant sur une autre traduction d’experimental playground par Pak: planet run. (Sans oublier de ne cesser d’inciter à aller voir les autres jeux des prolifiques -et généreux- designers.) En dehors de la sphère créatrice des deux auteurs, Deep space D-6 semble aussi bien marquer le coup du worker placement solitaire, en un peu plus riche, plus long et plus significatif. Enfin, le Decathlon de Reiner Knizia reste une valeur infiniment sûre du style yahtzee. En multi-joueur, on tentera plutôt Weilong ou KaijuDice qui ont tout deux eu leur petit moment de gloire.

Escape of the dead est étonnamment disponible en format application téléphonique. Très mal traduite mais tout de même compréhensible, l’app gratuite vous permettra au mois d’économiser une page. Enfin, une mention du rhabillage lovecraftien du jeu est à faire. En effet, outre un style un poil plus angoissant et des mécaniques thématiquement réadaptés, je trouve que la répétitivité du jeu convient bien à la perte de santé mentale inhérente aux jeux affectés aux Grands Anciens.

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. angela dit :

    Barricade Zombie/Escape of the dead
    ZOMBIES 3 – 0 HUMAIN

    Jeu en effet qui semble assez déséquilibré (trop de zombies d’un coup, pour peu de probabilités de réparer la voiture; à part lancer tous les dés sur les zombies et avoir la chance de tous les tuer, pour profiter de l’effet « Récompense » tous les 10 zombies tués, je ne vois pas comment il est possible de gagner). Un jeu où il faut mise uniquement sur la chance aux dés… Peut-être le rythme d’apparition des zombies est trop rapide, ou bien il manquerait un ajout de +1 dé dès les 70% de la voiture atteints.
    Par contre, malgré les illustrations pixelisées (c’est si dommage…), la mise en page et l’impression en 1 page sont vraiment appréciables.

    Merci en tout cas pour la découverte de ce jeu, et pour les recommandations d’autres jeux… ça donne envie d’en tester d’autres et d’aller voir ce que ce duo de créateurs a aussi pu pondre depuis ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Alecs dit :

      Merci d’avoir osé tester le jeu ! J’ai pu confirmer par la suite que deep space D6 est beaucoup plus réussi. Le principe est le même mais il y a plus de dés pour plus d’options donc la malchance et la chance tendent à s’équilibrer.
      Les frères Sondoh semblent s’être calmés depuis quelques années et se concentrent sur des ajouts ponctuels à leur système customisé de JDR mais ça ne m’empêche pas d’être ultra en retard sur les impressions de leur petit catalogue…

      Aimé par 1 personne

  2. Bonhomme dit :

    Wow, ca fait plaisir a voir! Je suis Bonhomme, l’auteur et illustrateur de Robobellum Commando. Juste etre compare a Escape from the Dead de Sondoh c’est deja merveilleux, mais en plus que vous ayez saisit le but de cette petite aventure me touche beaucoup (en plus d’avoir decouvert votre blogue il va sans dire). En effet s’etait juste un petit projet pour faire un jeu court, amusant et un pretexte pour dessiner des trucs que j’aime et jouer avec mon fils qui debute l’ecole (et evidemment adore lancer les des). Je prend note pour l’inspecteur et les six protubérances cthuliennes, c’est un bon flash 😉

    En fait « Commando » c’est une version solo, et plus rapide, de Robobellum 3013 que j’avais fait precedemment. Celui-ci se passe dans le meme univers mais avec un theme de combat de robot geants – pensez a Goldorak contre Optimus Prime, toujours sur la base du Yum! / Yathzee. Je vous invite l’essayer, ne vous genez surtout pas m’ecrire une ligne si vous avez aime: https://sketcheurscosmiques.blogspot.com/2015/12/robobellum-3013-version-revisee-jeud-e.html

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