Ragemore

La sur-catégorisation rend la découverte de jeux hors spectre de recherche assez difficile. Qu’espérez-vous trouver en ces terres vaguement hospitalières que sont mon maigre site ? Un deck-building ? Un deck-building solo ? Un deck-building solo super transportable ? Vous tombez quand même ultra-bien, c’est fou. Et si vous ne cherchiez pas cette combinaison particulière de caractéristiques, que diriez-vous d’y jeter quand même un petit coup d’œil ? Sait-on jamais ! Et il se pourrait même que le jeu s’amuse à triturer subrepticement l’un de ces concepts un peu trop générique.

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Ragemore est un jeu solo qui tient en 18 cartes. La mode des micro-game de 9 à 18 cartes, apparue dans les années 2010 en opposition totale aux boites toujours plus lourdes et gigantesques du marché, se prête infiniment bien aux print-and-play au point qu’il me reste encore et toujours à me lancer dans mes plus gros projets, constamment happé que je suis par des jeux rapides à construire autant qu’à jouer. Aujourd’hui, donc, toujours pas de fichier gargantuesque et seulement une minuscule poignée de cartes nécessairement recto-verso à imprimer. D’ailleurs, si Ragemore vous tente, n’hésitez pas à triturer le format des cartes. Petit format de voyage, format luxe rallongé, le jeu change de prestance en changeant de taille. J’ai imprimé ma version en format poche et elle tend à m’accompagner absolument partout. Le jeu incite à la manipulation constante, pensez donc aussi à renforcer vos cartes tout en leur laissant la possibilité d’être mélangées sans peine.

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Les éléments du jeu, à quelques cartes près.

Je dispose de l’ancienne version de Ragemore, vaguement retirée depuis d’internet. Son bleu électrique, représentatif de sa période de développement printer friendly, m’emporte un peu plus que son design définitif disponible chez l’éditeur américain Buttonshy. L’auteur, mécontent de voir mis en avant une version de travail, retira un peu hâtivement à la parution officielle du jeu les fichiers disponibles sur son sous-forum. Les fichiers de Ragemore V2 sont disponibles sur PNParcade pour l’infâme prix de 3$, ceux de Ragemore V1 sont peut-être encore cachés quelque-part. Internet est insondable et je ne peux honnêtement en dire plus. J’utilise aussi les dernières règles en date, offertes officiellement sur la page bgg du jeu car les retouches de l’éditeur sont absolument nécessaires à sa compréhension.

Ragemore se joue comme un solitaire, une partie est gagnée lorsqu’un certain nombre de cartes sont mises de coté, elle est perdue si le joueur ne peut pas respecter les limites ludiques imparties. Les règles du jeu sont légèrement confuses de prime abord, il est infiniment conseillé de jeter un coup d’œil aux parties d’essai que décortique son créateur Bojan Prakljacic sur youtube.

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Set up

Une carte de Ragemore est divisée en un verso Héros et un recto Démon reconnaissables à divers éléments:
Le recto Démon est composé d’un chiffre représentant sa puissance, d’un symbole correspondant à sa catégorie et d’un pouvoir qui s’active lorsque la carte entre en jeu. Toutes les cartes du deck sont automatiquement tournées coté démon face visible.
Le verso Héros est constitué d’un chiffre représentant sa puissance, d’un symbole le catégorisant en haut de carte et d’un ou deux symboles indiquant son champ d’action en bas de carte.

La mise en place d’une partie est simple:
– 5 cartes démon sont réparties en deux tas appelés quêtes. Aucune carte ne peut se retrouver accolée à une autre carte disposant du même symbole.
– 3 cartes héros (donc des cartes monstres retournées) sont disposées face à nous. Les héros de même catégorie s’empilent en laissant les symboles de bas de carte visibles.
– la première carte démon est tirée du deck et la partie commence.

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Partie en cours

Lors de notre tour, nous piochons une créature puis pouvons choisir l’une de ces trois options:
explorer une quête, c’est à dire défausser un héros pour récupérer un démon de chacun de ses symboles dans l’une des deux quêtes. Les monstres ainsi récupérés sont mis à part et comptent pour la condition de victoire (restrictions: impossible de taper dans les deux quêtes en même temps et impossible de ne pas utiliser tous les symboles du héros)
recruter un démon , c’est à dire défausser un héros pour récupérer une carte démon de chacun de ses symboles parmi toutes les cartes visibles, haut de la pioche incluse. (restrictions: impossible de ne pas utiliser tous les symboles du héros et impossible de recruter les cartes marquées d’un crane). Chaque démon récupéré ainsi est retourné, se transformant donc en héros utilisable empilé devant nous.
Combattre le démon actuellement tiré de la pioche (et uniquement celui-ci). Il faut opposer au niveau du démon le niveau d’un héros. Certains héros (marqués d’un +) peuvent se combiner avec un camarade pour additionner leur niveau.
-> Si le niveau du héro est inférieur à celui du démon, le héros fini au cimetière (littéralement) mais le démon est converti en héros.
-> si le niveau du héro est égal à celui du démon, les deux sont glissés sous la pioche.
-> Si le niveau du héro est supérieur à celui du démon, celui-ci se rend d’office et devient un nouveau héros utilisable, une fois retourné.

Toutes les cartes défaussées, quelle qu’en soit la raison, réintègrent immédiatement la pioche. Les cartes tuées finissent au cimetière.

La partie est gagnée lorsque 6 démons, répartis en 2 symboles différents, sont explorés avec succès. La partie est perdue lorsque plus aucun héros n’est en jeu, qu’une pile de quête atteint 4 cartes ou au contraire 0, que la pioche s’épuise ou que trois cartes finissent au cimetière.

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Jouer à Ragemore nécessite un peu de concentration et un investissement légèrement plus conséquent que pour Forest guardians. Le jeu rappelle les solitaires les mieux fignolés mais souffre aussi de leur schémas d’utilisation très carré. Il  se cristallise autour de trois options à décortiquer scrupuleusement. D’aucuns le trouveraient laborieux, ce qui est infiniment compréhensible. Je choisis de le trouver minutieux. Ragemore emprunte aux deckbuilding tout en délitant le principe. La gestion de sa main, de la constitution de son deck, de ses allocations et de la pioche est travaillé très différemment pour un rendu radicalement éloigné d’un habituel dominion-like. Il faut garder en tête le déplacement et la disponibilité de presque toutes les cartes pour éviter de bloquer les meilleures tout en échappant aux pires et en renouvelant les symboles.

L’équilibre est fragilement trouvé entre rigidité des mécanismes et flux de la partie. Le jeu n’échappe pas à son coté calculatoire chiffré/symbolique systématique mais l’enrobe dans une ambiance visuelle qui, se combinant à une terminologie martelée parfois plaquée, évite trop d’aridité en cours de route. En gros, le mélange entre attrait extérieur (et donc naturellement un plaisir de jeu déjà plus accessible) et combinatoire cérébrale semble fonctionner.

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La difficulté du jeu est cruelle, rappelant par son taux de réussite autant que par ses visuels des jeux vidéos comme Dark Soul. Son créateur ne l’appelle pas initialement un dungeon survival pour rien. 1 winning condition and 5 losing conditions, nous rappelle le texte d’introduction du jeu sur BGG. Il est possible que Ragemore ait été raffiné depuis grâce à sa publication officielle, un équilibrage ayant été intimement souhaité par son créateur, mais en l’état cette brutalité n’est pas si désagréable. N’espérez seulement pas trop gagner. C’est autant la preuve d’un jeu qui n’a pas pu être aiguisé jusqu’au bout que celle d’une leçon sur des implications subtiles à apprendre consciencieusement.

Il est en effet difficile de déterminer précisément quel sera l’impact d’un choix sur le reste de la partie, une erreur pouvant se révéler en tant que telle plus tardivement que prévu. La partie peut alors pencher de plus en plus rapidement en faveur des démons. Il sera assez complexe de revenir en position de force et ça nécessitera une bonne dose d’endurance de la part du joueur / de la joueuse pour rééquilibrer la situation. Le jeu peut ainsi se perdre en 10 min comme en 30, en fonction des efforts que vous aurez fourni pour raffermir votre main.

Ragemore a fait brûler mon cosmos, puisse-t-il un jour faire brûler le votre.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. voidandany dit :

    Sur BGG, l’auteur s’interroge sur le contenu de cet article 🙂
    https://boardgamegeek.com/thread/2013718/article/35887629#35887629

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    1. Alecs dit :

      Ha, merci, je vais aller voir. J’espère que je n’ai pas dit trop de bêtises.

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